Lundi 28 mai 2012
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15:23
Trois jours de pluie de suite à Marseille et c'est la profonde déprime : les ventes d'anti-dépresseurs sont décuplées, les
consultations psy saturent, le moral est en berne
!
Le meilleur remède est un coup de Mistral et hop, tout est oublié ; la confiance remonte en flèche
.
Mais alors comment font nos amis grimpeurs du "nord" ?
Surtout avec un printemps 2012 aussi pourri, alternant pluie et averses, entrecoupés de quelques orages
!
Par exemple, autour de la fameuse forêt de Fontainebleau où les conditions doivent s'ajuster au millimètre pour assurer la
réussite d'un projet extrême.
La solution réside dans un moral en béton qui se satisfait de la moindre fenêtre météo positive et d'une connaissance parfaite et ultra-spécialisée de celle-ci.
La maitrise du micro-climat bleausard est le secret de l'épanouissement du grimpeur local.
A l'affut du moindre souffle des vents, de l'évolution des dépressions, de leur orientation, il saura choisir précisément le secteur aux tops conditions où la pluie s'éloignera quelques heures et
où le grès saura sécher en quelques minutes.
C'est ainsi qu'au petit matin, on retrouve le parking du Cuvier déjà bien garni alors que le soleil est encore bas.
A ce jeu des "fanaticos" spécialistes de la météo, les plaques minéralogiques ne trompent pas : ce sont surtout des hollandais et quelques anglais qui sont les premiers arrivés.
Au centre du Cuvier, la micro place au milieu des blocs est un carrefour où tout le monde se croise.
Etonnamment, chacun déambule sans se préoccuper du voisin et sans se saluer.
Déviance dû à la mentalité parisienne, à l'individualisation poussée ou une nouvelle incursion de l'esprit urbain qui se développe en forêt ?
Les sudistes font tâche à lancer des "Salut !", "Bonjour" presque dans le vide. Choquant ? On fait partie de la même famille, celle des grimpeurs en pleine nature, non ?
Enfin, peu importe, place à l'escalade sur ces blocs noirs aux coulées blanches (ou l'inverse).
Réveiller en douceur le système musculaire est un objectif délicat à atteindre : quasiment pas de marche d'approche pour faire battre le coeur et les blocs les plus simples tirent déjà sur les
bras.
Ici les cotations blocs font références et sortir un 5+ est déjà une belle réussite car il faut des doigts, de la technique d'adhérence, de la confiance et une bonne coordination.
Ce mélange, Vincent Scharwatt, notre correspondant spécial de la CMEL à Bleau, le maitrise idéalement.
Vêtu de son tee-shirt fétiche de l'Etoile Noire 2011, il nous fait encore le guide dans cette séance improvisée à l'aube.
Décomposé dans un 4+ ou 5- ??? Enfin, ce n'est pas simple et il faut croire en ses pieds arqueboutés sur les arrondis de ce grès usé.
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"Vas-y ! Avec le crochet talon, ça passe tout seul !"
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"La Leininger" est un 5+ à l'image des blocs de ce niveau au Cuvier : un passage décrit avec toute la simplicité du monde par le grimpeur local aguerri au style de Fontainebleau.
A la répétition, ce n'est pas la même histoire et les trois premiers mouvements deviennent une barrière.
"Il faut juste croire au pied droit ! Il est marbré mais si tu pousses fort dessus, ça tient ! Et
tu attrapes l'inversée à gauche ... "
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Le pélerinage du Cuvier conduit invariablement les pas du visiteur vers "La Marie Rose". Premier 6A de la forêt, ce bloc fait encore aujourd'hui référence. D'une part, sa position centrale conduit à passer
devant en toutes occasions et d'autre part, sa difficulté est toujours d'actualité : bloc référence et étalon de cette difficulté.
Bienheureux celui qui l'a mis sur son carnet de croix et qui n'a plus à multiplier les essais infructueux.
Autre référence en 6A à quelques mètres de là : "La Nescafé".
Ce passage en dalle réclame quelques forces dans les doigts mais surtout une confiance et une grande précision dans les pieds... ceci jusqu'au sommet.
Direction le Cuvier Rempart pour le projet de la séance : la traversée de "La minute nécessaire de M. Cyclopède" en 7C.
Le nom fait référence à un programme court de 1982 où Pierre Desproges
parodie la leçon de choses en revisitant des sujets tabous et cloturant par la formule rituelle "Etonnant, non ?".
A Bleau, c'est une traversée en 7C ouverte par Jean-Pierre Bouvier ; peu de répétition de ce passage bien
technique avec de multiples variantes de 7B à 8A+ ...
Dès le premier essai du jour, l'enchainement est validé : surpris d'une réalisation si directe, le photographe n'a que ces quelques clichés improvisés pour illustrer la perf' ; pas de seconde
chance pour la vidéo ; dommage ...
Du départ à droite, traverser sur quelques réglettes ...
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... et crocheter le bac au milieu de la traversée.
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Ramener l'autre talon avant de changer d'orientation pour amorcer la suite.
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Après avoir calé un talon droit avec précision, attraper la fente et se regrouper pour le dernier mouvement dur.
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Crocheter talon gauche pour le blocage et envoyer main gauche dans la prise suivante.
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Se rétablir pour sortir dans le "N°4 Rouge" et c'est gagné !
Bravo !
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Proche de "Fatman", un célèbre 8A+/8B (dans le surplomb coupé sur la gauche de la photo) et à droite de
"Big mama"(la proue déversante en 7A), une dernière montée dans "La tête de veau" 6A : quelques mouvements physiques sur bonnes règles puis un dernier pas tout en haut où le mental fait la différence
Pas aujourd'hui en tous cas ...
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Ainsi en moins de deux heures, le bleausard peut se satisfaire d'une séance régulière même au coeur d'un printemps médiocre.
A ruminer sur les falaises phocéennes